Stiletto.fr, le luxe en avant-première
Le 02 Sep 2010, par Laurence Benaïm

Une photo publiée en double page cet été dans Paris Match, illumine encore l’été en transit : Liliane Bettancourt en maillot de bain jaune deux pièces, immergée dans l’eau turquoise de sa piscine de Formentor. Loin très loin de sa fille posant pour le Monde –un excellent article, le meilleur jamais sans doute consacré à la fille de Madame-, en tailleur noir réchauffé d’une écharpe fuchsia. La première, en vacances. La seconde, à Paris. Déjà, en tenue de combat corporate. Pour les aoûtiens de retour dans la capitale, le dilemme se pose là, entre surexposition et protection, farniente et action , détente absolue et retour sur le front assiégé par plus de sept cent romans, trois cent silhouettes beiges, mille et une résolutions. Quelques brassées dans l’eau vive des évènements parisiens de la rentrée, et nos palmes vont à : Jeff Koons (Galerie Jérôme de Noirmont, à partir du 16 septembre), Karl Lagerfeld (qui expose ses photos à la MEP, à partir du 15 septembre),  Moebius transe forme (à partir du 16 octobre 2010 à la Fondation Cartier), sans oublier Brunes et Blondes, dont nous reparlerons, à la Cinémathèque Française (à partir du 6 octobre). Encore une histoire de rivalité, cette fois sur l’écran illimité de la fiction.

Lit-Cage et son paravent, Max Ernst, 1974
© Galerie Yves Gastou
Le 03 Août 2010, par Laurence Benaïm

En ce début du mois d’août, Paris ressemble à une valise défaite, une sorte d’immense boîte vidée de ses habitants : il y a ceux qui ne partent pas, des familles entières dans des bus encombrées de poussettes ; ceux qui reviennent et s’excusent sur la pointe des pieds d’être encore là ; ceux qui s’en vont, le cœur gros, parce que le grand départ en vacances est le début d’un passage à vide. New York est plus tendre avec ses workaholics. Paris prend ses quartiers d’été en marquant de manière encore assez violente les clivages entre tribus sociales. Les cadres dynamiques sont épuisés. Demain, sans doute, ils embarqueront pour une île sublime où le Blackberry ne fonctionnera pas. Il suffit qu’ils ne reçoivent plus de mails pour se sentir abandonnés de tous. Août marque encore une séparation provisoire avec la maîtresse ou l’amant dont on redoute qu’il ou elle profite de la trêve estivale pour prendre des « décisions ». Aux terrasses de café, des couples s’étreignent comme si c’était la dernière fois. Tout le monde étale son programme : « Vous allez où ? ». Les enfants jouent, les parents trinquent, le rosé de Provence bio arrose les discussions sous les tonnelles. Depuis que Karl Lagerfeld a relancé la mode de la pétanque, le populisme mondain prend ses aises, de Saint Tropez à la Bretagne, où l’on tartine de beurre salé l’actualité plutôt croustillante de l’été. Bien sûr, il y a les «affaires» Woerth, Bettencourt. Les orages financiers. La défaite monumentale des Bleus en Afrique du Sud. Les émeutes à Grenoble. Les plus optimistes voient, dans les victoires des Français en athlétisme, l’espoir d’une nouvelle France Black Blanc Beur, telle qu’elle avait enchanté l’hexagone en 1988. Les plus pessimistes se demandent jusqu’où la tension politique, économique, sociale, religieuse, ira, avant une explosion redoutée. En relisant Jules Supervielle :

- « Pâle soleil d’oubli, lune de la mémoire

Que draines-tu au fond de tes sourdes contrées » -

j’entends comme des musiques étranges, venues ressusciter chez les artistes une part de folie très salutaire. Les rendez vous sont pris : rétrospective Basquiat au Musée d’Art moderne, salon Paris Photo consacré à l’Europe de l’Est (en novembre), réouverture du Royal Monceau signé Philippe Starck, qui s’est inspiré pour les chambres du «boudoir d’André Malraux». Exposition Karl Lagerfeld à la Maison Européenne de la photographie (du 15 septembre au 31 octobre), XXVe Biennale des Antiquaires, du 15 au 22 septembre prochain au Grand Palais,  avec des pièces étonnantes, du lit de Max Ernst (galerie Yves Gastou, photo ci-contre) à l’incroyable scénographie d’Alfredo Arias pour Van Cleef & Arpels, sous le signe des «Voyages Extraordinaires». Au Salon Maison et Objets (le rendez vous des professionnels du meuble et de la décoration),  prévu du 3 au 7 septembre 2010, Elizabeth Leriche, spécialiste des tendances, annonce l’avènement d’une nouvelle « préhistoire » : « Il y a trop de contrastes entre l’hyper urbanité et le nid originel. On voudrait arrêter le temps, le ralentir, faire une pause, pour mieux affronter l’avenir… »

 

Une silhouette du dernier défilé d'Alexander McQueen, en septembre 2009. Collection printemps-été 2010
Le 12 Fév 2010, par Laurence Benaïm

Yves Saint Laurent redoutait les oiseaux. Ceux d’Alexander McQueen sont morts avant d’avoir pris leur envol. Il y avait dans sa collection du printemps-été 2010 l’énergie d’Avatar, magnifiée par les plumages fantastiques de ses robes aux couleurs de paradis, et le désespoir d’un people du nouveau siècle aux chaussures à semelle de plomb. Les cheveux d’enfant s’entortillaient dans les cornes du diable. A la Villette, en septembre dernier, les quarante-cinq modèles semblaient prendre feu dans une jungle aquatique ; en se mêlant, l’or et le bleu  formaient des éclairs violacés. Les robes avaient des yeux, elles vous regardaient.

God save McQueen. L’histoire d’un fils de taxi londonien promu directeur artistique d’une griffe venue lacérer le monde de la mode. Sa dernière épingle de sûreté. Celle qu’il enfonçait dans la chair du temps, d’une histoire à laquelle il n’avait jamais pu complètement s’identifier, lui, le Leigh Bowery de la mode encombré par ce physique de boucher cockney qu’il tenta de modeler, de gentryfier, de lisser, comme on déplume un vautour, son animal favori. Pour en faire jaillir toute l’épouvante, dans ce défilé de l’automne-hiver 2009 aux bouches de lipstick sanguinolent. McQueen dont les défilés spectaculaires aimantaient les fascinations d’une époque comblée de tout mais privée de l’essentiel, cette capacité à rêver, qu’il allait chercher au tréfonds de lui-même, du côté de ses paradis artificiels. Et d’une incroyable rigueur héritée de sa formation de tailleur à Savile Row, chez Gieves & Hawkes, quand il glissait des messages punks dans la doublure des vestes de traders. Mais la lame du coupeur s’est retournée contre lui. A la veille des défilés du printemps été 2010, et du sien, annoncé pour le 9 mars prochain à Paris, sa mort nous écorche, comme le cri de Tippi Hedren dans les Oiseaux d’Hitchcock.

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