Une silhouette du dernier défilé d'Alexander McQueen, en septembre 2009. Collection printemps-été 2010
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Le 12 Fév 2010, par Laurence Benaïm
Yves Saint Laurent redoutait les oiseaux. Ceux d’Alexander McQueen sont morts avant d’avoir pris leur envol. Il y avait dans sa collection du printemps-été 2010 l’énergie d’Avatar, magnifiée par les plumages fantastiques de ses robes aux couleurs de paradis, et le désespoir d’un people du nouveau siècle aux chaussures à semelle de plomb. Les cheveux d’enfant s’entortillaient dans les cornes du diable. A la Villette, en septembre dernier, les quarante-cinq modèles semblaient prendre feu dans une jungle aquatique ; en se mêlant, l’or et le bleu formaient des éclairs violacés. Les robes avaient des yeux, elles vous regardaient.
God save McQueen. L’histoire d’un fils de taxi londonien promu directeur artistique d’une griffe venue lacérer le monde de la mode. Sa dernière épingle de sûreté. Celle qu’il enfonçait dans la chair du temps, d’une histoire à laquelle il n’avait jamais pu complètement s’identifier, lui, le Leigh Bowery de la mode encombré par ce physique de boucher cockney qu’il tenta de modeler, de gentryfier, de lisser, comme on déplume un vautour, son animal favori. Pour en faire jaillir toute l’épouvante, dans ce défilé de l’automne-hiver 2009 aux bouches de lipstick sanguinolent. McQueen dont les défilés spectaculaires aimantaient les fascinations d’une époque comblée de tout mais privée de l’essentiel, cette capacité à rêver, qu’il allait chercher au tréfonds de lui-même, du côté de ses paradis artificiels. Et d’une incroyable rigueur héritée de sa formation de tailleur à Savile Row, chez Gieves & Hawkes, quand il glissait des messages punks dans la doublure des vestes de traders. Mais la lame du coupeur s’est retournée contre lui. A la veille des défilés du printemps été 2010, et du sien, annoncé pour le 9 mars prochain à Paris, sa mort nous écorche, comme le cri de Tippi Hedren dans les Oiseaux d’Hitchcock.
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Le 15 Sep 2009, par Laurence Benaïm
Sur la plage de Tel Aviv, c’est en anglais, en russe, en hébreu que les imprudents sont sermonnés par une voix off. Trente cinq degrés à l’ombre, drapeau rouge ou noir, les surfeurs de l’aube ont déserté, il y a ceux qui marchent le long de la plage, ceux qui courent le long de la mer, ceux qui nagent, ceux qui vaporisent des raisins pour les déguster au soleil. Coup de flash, le nouvel opus de Douglas Gordon, présenté à la Dvir Gallery (11 Nahum street). Quoi de plus éloquent pour le premier anniversaire de la faillite de la Lehman Brothers, que cette installation autour d’une vidéo montrant un paon blanc. Et s’il s’appelait Andy ? Sur les cimaises, les icônes calcinées de Warhol, Marylin et Jackie O apparaissent, le visage progressivement ravagé par l’acide, qui révèle un miroir, où le collectionneur pourra en narcisse voir sa propre image se réfléter. C’est le Bûcher des vanités 2, l’archéologie du pop art revisité par un géant au cœur libre. Bientôt, à la Fiac.
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Le 11 Sep 2009, par Laurence Benaïm
Il est ou Tarek ? Mais ou donc est-il passé ? Le vendeur en chemise à carreaux verts et bleus nous dit que Tarek est peut-être en pause déjeuner. Tarek arrive, et regarde avec nous le modèle Girasol, des bibliothèques en wengué, mais oui c’est trop bien chez Leroy Merlin, c’est comme le cachemire au Monoprix ou le saumon fumé chez Ikea. On adore le genre Padova? Mais là, Tarek ne sait plus, il nous dit "Vous êtes encore dans le magasin ? Ma collègue ne va pas tarder. Elle sera là dans trente minutes." Pourquoi faut-il toujours que je me retrouve comme ça, si je devais définir la solitude, ce serait là, au sous sol peut-être, entre les plans de travail hydrofuges et le conseiller clientèle qui me dit: "mais on peut tout faire madame", et rigole avec son collègue, parce que je ne sais pas moi, je ne sais rien, les chants et les crédences associés, le plans d’angle, les plans snack, les plans de table à la rigueur, mais tout sauf cette dérive qui m’entraîne du côté de la robinetterie charme, des douchettes de studette. De New York, Adel m’appelle et me dit qu’il vient de refuser de faire une interview pour Double. Moi je dois rappeler Anne-Sophie. Une heure plus tard, elle m’accorde une audience téléphonique, précédée d’un long massage sonore – "Nous disposons d’un centre de pause. Toute notre équipe etc." Anne-Sophie donc au téléphone, c’est elle, j’essaie de l’imaginer, la chef de rayon. Elle s’excuse: "Je suis en service de découpe, je ne vous entends pas". Elle m’explique qu’il faut payer 45 euros pour un devis de pose, attendre ensuite quinze jours, puis quatre semaines, etc. Ce soir, je regarde le catalogue LM et je me dis que l’agence de créa qui a confié l’édito à une pigiste déco est encore loin, très loin de la réalité "on the scene" : "A moi de jouer, je baigne dans une ambiance naturelle." Des meubles bruts, des matières minérales, une source de bien-être (page 13). Ah je me suis trompée, c’était pour la salle de bain. Quand on me parle de pause déjeuner, je sors mon taser. Bonne continuation!
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